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Involontairement iconique

Aujourd’hui je m’entretiens avec Suzanne Santos, Responsable Clientèle Monde chez Aesop depuis plus de 30 ans. Arrivée tut droit d’Australie, elle diffuse l’expérience Aesop partout sur la planète. Suzanne a été au début de l’aventure Aesop avec son créateur Australien,  Dennis Paphitis. Entre nous, cette marque reste un mystère pour moi (et je suis certaine que pour certains d’entre vous aussi). Pas ou peu de marketing, des formules bien différentes de celles que réclament les consommateurs aujourd’hui. Et pourtant depuis son Australie natale, Aesop reste immuable, toujours auréolée de succès et d’une fidélité sans faille de la part de ses consommateurs et adorateurs. J’espère que cette interview vous donnera quelques éclairages sur la cultissime Aesop.

Depuis combien de temps travaillez vous chez Aesop ?

Suzanne Santos : J’y travaille depuis le début.

Quelle a été la source d’inspiration de Dennis Paphitis lorsqu’il a crée Aesop ? Quel est la philosophie derrière la marque ?

Je ne suis pas certaines que j’utiliserais le mot « inspiration ». On doit se projeter 33 ans en arrière et imaginer ce qui n’existait pas à cette époque, vous devez vous rappeler ce qu’était la cosmétique traditionnelle, tous les parfums artificiels, les colorants, et vous devez également vous rappeler que les gens mangeaient différemment mais qu’il y a eu une évolution dans la façon de penser et que cela a influencé la naissance d’associations comme Friends of the Earth (ndlr. Cette association est née bien avant, en 1969). Dennis a eu une prise de conscience, même si je ne la qualifierais pas de radical par rapport à ces différents sujets, mais sa vie a certainement influé sur sa vision des choses et c’est comme ça qu’Aesop est né. En tant que coiffeur, il utilisait des produits conventionnels, et de la même façon qu’il vivait sa vie, il pensait que ses principes pouvaient s’appliquer aux cosmétiques ou au haircare, que l’on pouvait faire différemment. Et il a fait en sorte de mettre ses principes en application. Il a commencé à utiliser des huiles essentielles, qui connaissaient un grand revival à cette époque. On leur prêtait des tas de vertus (elles sauvaient le vies, les mariages…). Au-delà de ces fantasmes, Dennis les utilisait en fumigation chez lui, c’est comme ça que tout a commencé. Depuis le début, c’est ce qui fait notre différence, notre façon de faire les choses et de penser à ce que nos clients peuvent attendre de ce qu’on leur propose.

3 Aesop est vraiment mystérieuse. Elle ne suit aucune mode, semble ne pas voir de plan marketing, ne fait pas de pub, n’a pas d’égérie, lance 4 nouveaux produits par an… Et pourtant elle est devenue une marque mondiale iconique. Qu’est-ce qui fait que Aesop est si différent des autres marques ?

La construction d’une entreprise est quelque chose de très complexe qui ne devrait jamais se faire au détriment des autres. Faire sa place en dénigrant les autres est une façon assez médiocre de se construire. La concurrence est saine mais on doit savoir qui on est et pourquoi on est là et pas se définir en parlant mal des autres. C’est ce que l’on s’est attaché à faire.  L’avantage de la démocratie, c’est que vous pouvez chercher et trouver les produits qui vous conviennent. Donc tous les produits trouvent leur place et des gens à qui ils conviennent. Le monde serait beaucoup plus paisible si les gens pouvaient juste faire les choses de façon calme et détendue.

Je ne dirais pas que nous n’avons pas de plan marketing. On a un département entier qui s’y consacre. Aesop n’est pas conventionnel par certains aspects, vous avez raison. Tout ce que vous avez cité et que nous n’avons pas s’est fait avec ce que nous avons. La différence ne vient pas d’un marketing artificiel mais d’un homme qui pense de façon différente, qui a un sens des besoins personnels, une vision qui est été à la base de Aesop et est toujours d’actualité. L’idée c’est plus d’approcher les besoins du consommateur d’une façon différente, les produits de façon différente et de communiquer cela.

4 On ne le sait peut-être pas, mais Aesop a été l’une des premières, si ce n’est la première marque à lancer le concept de routines cosmétiques saisonnières dès le début. Pourriez-vous nous expliquer le principe  ?

Dès le début, on a vendu Aesop dans des régions où le climat était extrême. On a vendu en Europe, aux US, en Amérique du Sud et en Asie très rapidement, donc on a dû faire face à une grande variété de saisons. Et face aux effets du climat, mais aussi de l’environnement, l’idée était d’appréhender les soins de la peau d’une autre façon. Dans la chaleur de l’été, avec l’humidité ou l’air conditionné, la peau réagit différemment. Face à ces situations, on fait très attention aux ingrédients que l’on choisit et on guide les consommateurs. C’est important de pouvoir offrir à quelqu’un une formule adaptée à sa problématique. Les gens attendent un conseil et sont demandeurs.

5 La marque dit qu’elle utilise à la fois la nature et la science. Qu’est-ce que cela veut dire ?

Cela concerne directement la façon dont nos produits sont formulés. L’utilisation d’ingrédients de laboratoire apporte de l’innovation et améliore l’efficacité des produits et contribue à protéger. LA science  améliore et renforce l’efficacité des ingrédients naturels. Les deux sont liés. Il faut se rappeler que c’est une entreprise qui a 32 ans, et à l’époque il y avait peu de marques qui faisaient cela. C’est de là que vient cette expression.

6 Qu’est-ce qui inspire le lancement de nouveaux produits sont-ils crées ?

Je ne parlerais pas d’inspiration, mais plus d’une expérience sincère. Quand on regarde toutes les lignes que nous avons (visage, corps, cheveux…), et à travers les nouvelles connaissances que nous avons sur les ingrédients, le développement d’une ligne part d’un seul produit, auquel on ajoute un deuxième, un troisième et la ligne se développe au fil du temps. Chaque fois qu’on sort un produit, c’est parce qu’il y a une raison d’être, que derrière il y a un consommateur qui aura envie ou besoin de ce produit supplémentaire. On n’a jamais et on ne sera jamais prisonnier de la nécessité de produire. De produire juste pour promouvoir l’entreprise, de produire par peur de voir le consommateur se détourner et donc de lui proposer toujours quelque chose de nouveau. On n’a jamais été prisonniers de ça et nos consommateurs non plus. Nos produits naissent d’un besoin sérieux, d’un désir sérieux.

7 La plupart des formules utilisent des huiles essentielles. Et de plus en plus de gens sont sensibles ou allergiques à ces ingrédients. Comment gérez-vous ce problème ?

Je verrais les choses sous un angle légèrement différent. Je ne sais pas si les gens sont plus allergiques aux huiles essentielles. On doit se rappeler que les HE étaient déjà utilisées en Mésopotamie. On les utilise depuis des milliers d’années. Dans nos produits, de la façon dont nous les utilisons, elles ne provoquent pas de réactions. Quand on parle formulation et utilisation des HE dans les cosmétiques, ce n’est absolument pas différent de la façon dont elles sont utilisées dans la pharmacopée. Sauf qu’il existe sur cette terre, des gens qui sont allergiques, c’est vrai, et il est vrai qu’ils peuvent avoir des réactions. Mais vu le nombre de produits que nous vendons partout dans le monde, on a très peu de retours. On sait ce qu’on fait et on sait pourquoi on le fait. J’ai confiance dans nos formules et je sais que nous faisons les choses bien pour les gens.

8 Il y a une demande grandissante pour des produits de beauté clean, voire bio, dans le monde entier actuellement. Quelle est la position de la marque à ce sujet ?

Je pense que nous avons été, avec quelques autres, à la genèse de ce mouvement. Il y a des milliers de marques dont certaines se sont inspirées, certaines avec leurs propres valeurs, d’autres avec leur besoin d’être différentes. Ce n’est pas que je ne comprends pas. Moi-même en tant que consommatrice quand j’achète des oeufs, j’en suis consciente, ce n’est pas différent. Mais la réalité, c’est que les gens ont besoin d’efficacité. Les gens savent pourquoi ils achètent des cosmétiques. On a aussi des produits qui sont des associations d’huiles et effectivement, ils ne contiennent rien d’autre. Alors cette idée de pureté, d’un point de vue marketing, peut sembler un peu factice. On ne fait pas la promotion de ces produits en mettant cela en avant. Le besoin d’apporter dans sa vie des produits safe est un besoin naturel. Nos produits ne sont pas là pour faire du mal. Donc ce besoin de pureté n’est, selon moi , pas antinomique avec ce que nous faisons.

9 Il y a également de plus en plus de critiques concernant des ingrédients comme les PEGs, le phenoxyethanol et d’autres. Comment vous positionnez-vous également par rapport à ça ? Est-ce qu’on parle de possible reformulation ?

On ne se sent pas mal à l’aise avec les ingrédients que nous utilisons. Quand nous sommes en présence d’une alternative valable qui convient en termes d’efficacité, de stabilité et de sécurité, on peut tout à fait switcher. Mais une partie du problème avec les PEGs, ce sont les impuretés qu’ils peuvent contenir, pas l’ingrédient en lui-même. Nous retirons ces impuretés et nous utilisons ces ingrédients avec précaution. La sécurité est notre priorité quand nous utilisons ce type d’ingrédients. Il y aura toujours des gens pour voir le danger partout, il y aura des gens qui amplifient tout, d’autres qui ont besoin d’ennemis, et pour eux certains ingrédients sont les ennemis. Les PEGs ne sont pas un problème majeur pour nous.

10 Vos ingrédients viennent d’un peu partout dans le monde, qu’en est-il du sourcing ?

C’est important pour nous, d’un point de vue durabilité, et par durabilité j’entends bonnes pratiques. Faire de son mieux est le plus important. On met toujours autant d’attention et d’effort à rechercher les ingrédients, en prenant en compte l’endroit où ils sont produits, par qui et comment ils sont produits, comment ils sont transformés en laboratoire. On a une grosse responsabilité dans ce domaine. Pour en revenir au PEGS, ce n’est pas tant qu’ils ont été mal conçus, c’est plus comment vous les utilisez. Et ça vaut pour tous les autres ingrédients.

Quand nous utilisons un nouvel ingrédient c’est vraiment parce qu’il a des qualités, pas pour nous démarquer. On utilise une famille d’ingrédients qui nous conviennent, c’est là-dessus que la marque s’est construite. (BT : vous n’en cherchez pas d’autres continuellement ? ). On doit être sincère, avoir une bonne raison d’aller chercher quelque chose de nouveau et ce quelque chose doit s’insérer dans ce qui existe déjà sinon vous tournez en rond et vous vous éloignez de ce dont le consommateur a vraiment besoin.

11 Comment gérez-vous l’empreinte carbone, puisque vos ingrédients viennent de partout ?

Oui, ce n’est pas un sujet assez pris en compte. Les produits mais aussi les ingrédients doivent voyager. Il y a beaucoup de déplacements. Et nous faisons beaucoup d’efforts pour compenser cela, on utilise des bateaux plutôt que des avions dès que possible. C’est un gros sujet, on a un service dédié à ce problème, qui suit et nous fait remonter les informations quasiment toutes les semaines. Mais on a toujours eu une empreinte carbone assez soft, donc on n’a pas de honte à avoir, on n’a jamais prétendu ne pas en avoir une, mais il n’y a pas d’utopie. Pour moi, l’essentiel est de faire de votre mieux pour le consommateur et pour la planète.

12 J’allais vous parler de durabilité, mais vous avez déjà dit beaucoup de choses. Cependant, vous utilisez du verre et de l’aluminium depuis toujours, vous étiez déjà un peu visionnaires…

Dennis était visionnaire. Et comme je disais, on a toujours essayé de faire les choses avec douceur. Ce mot et cette idée de durabilité sont très complexes. Quand vous voyez tout ce que cela implique de changer un conditionnement pour un autre, une matière pour une autre. Même le sujet du recyclage implique un tas de contraintes,. On n’est qu’au début, vraiment. Rien ne se fera rapidement. Je lisais un article sur le Tetrapak  et les tentatives pour le transformer. Donc pour toutes les compagnie, quand il s’agit de packaging, il y a des choses évidentes et il y en a d’autres pour lesquels il n’y a pas d’alternative. Il n’y pas eu non plus d’investissements dans ce sens, mais ça viendra et il y a certains petits groupes qui y travaillent et trouveront des solutions alternatives. C’est très facile, quand on est extérieur, de dire que l’on devrait faire les choses autrement quand est fabricant. Mais la réalité c’est que ce n’est pas si simple. Ce serait une bonne chose si les gens de différents pays pouvait commencer à discuter ensemble sur la complexité de ce sujet, car on arriverait certainement à un résultat en tant que citoyens, si on parlait le langage de la vérité.

13 Pourrait-on imaginer un système de remplissage des flacons par exemple ?

Oui, on peut imaginer quelque chose, mais encore une fois, pour qu’il y ait remplissage il faut que les contenants soient propres. Nettoyer veut dire, créer des infrastructures… Certains ont déjà innové dans ces domaines. Quand vous innovez, vous créez et donc, l’intelligence et la sensibilité que vous mettez dans une entreprise doivent s’appliquer aussi à ce sujet. Chercher, trouver, faire les choses en conscience, ça fait totalement partie de notre quotidien.

14 Au fait, Aesop, ça veut dire quoi ?

Aesop était un conteur, un sage et faisait des révélations, un peu de psychologie. Dennis a choisi ce nom, en hommage à ses origines grecques, et parce que c’est un beau mot, qui commence par A, la première lettre de l’alphabet. Au début vous m’avez parlé de l’absence de marketing, il y a des touches dans les fondations de la marques, dans ses prises de décision qui étaient très marketées mais d’une façon non conventionnelle. C’est de là que vient Aesop, c’était une entreprise naissante, avec peu de produits juste des convictions. Et nous chérissons ce nom et ce qu’il est devenue.

Indépendante, clean/green… ou pas

Quand j’ai décidé de me rendre à Londres pour découvrir le salon Indie Beauty Expo (#IBE pour les intimes 😉 ) en octobre dernier, je m’attendais à un « truc » énorme, vraiment énorme, avec genre 200 marques indépendantes venues du monde entier. Mais non, 85 marques tout au plus (ce qui est déjà pas mal, je vous l’accorde !). Et bon, pas de quoi y passer 2 jours non plus. Mais ce fut très instructif quand même, alors j’ai décidé de vous faire un petit compte-rendu sur ce salon pro qui donne un tout petit aperçu de la cosméto actuelle.

En fait, c’était un mélange de plein de marques et de concepts très différents. Certaines ayant à peine quelques mois en côtoient d’autres qui bourlinguent depuis 10 ans. L’objectif pour toutes ces marques : trouver des distributeurs en Angleterre. Mais l’Angleterre est-elle une bonne option quand on nage en plein psychodrame pré-Brexit ? Il n’empêche que toutes ces marques étaient là pour faire du business. Une entreprise reste une entreprise, quelles que soient les bons sentiments.

Côté tendance, le CBD et la cup sont les grands gagnants. D’ailleurs, je me disais que j’allais faire un post sur le CBD, vous en pensez quoi ? Bref, ces deux sujets sont très à la mode chez les anglo-saxons en ce moment.

Indie Beauty London, chanvre, CBD

Côté formules, on est loin d’être dans le clean, green. Certaines marques flirtaient avec le green washing de façon vraiment indécente. Je pense à une marque de soin cheveux et visage en particulier. Elle affichait des fruits et des végétaux sur ses flacons (des tubes en plastique, ahaha !), le 0% qui va bien ( 0% paraben, paraffine, MIT, huile minérale, colorant), mais là où ça ne le fait pas du tout, c’est qu’elle arbore un pseudo logo Bio bien trompeur car non officiel. Et ça se gatte quand on jette un oeil plus attentif à la liste INCI, en particulier dans les tous premiers ingrédients. Entre autres, on trouve du dimethylamine, un remplaçant des silicones moins nocif pour les cheveux que ces derniers mais dont le procédé de fabrication l’est (nocif) pour la nature. D’ailleurs, cet ingrédient n’est pas autorisé en bio (en France en tous cas). Mais je vous rassure, on retrouve du dimethicone  (un silicone donc !) pas loin et même avant et des laureth sulfates aussi, bien entendu…Et on affiche qu’on est  « suitable for vegetarians » (des fois qu’on voudrait boire son conditionner, ahaha !). Bref, ceux-là ont parfaitement compris comment hameçonner le chaland. De gros logos, du 0% ceci 0% cela et voilà comment on se fait passer pour green, voire carrément bio, alors qu’on ne l’est clairement pas.

Indie Beauty Expo London, beauté, cosmétiques

Un exemple parmi d’autres. Je ne dis évidemment pas que toutes les marques présentes à ce salon étaient dans une démarche similaire, mais force est de constater que toutes les marques indépendantes n’ont pas pour objectif de faire bouger les lignes de la cosmétique. Décevant, mais pas étonnant… Il y a de l’argent à se faire à l’heure où le consommateur veut tout savoir, prendre le contrôle sur ce qu’on lui vend. Se faire passer pour ce qu’on est pas est d’autant plus facile.

Moralité :  restez vigilants, très… Vigilants ! D’une manière générale, je trouve que ceux qui en font trop sur les logos, les 0% etc. sont toujours un peu suspects. Et ça se confirme.

Autre travers répété dans ce salon : on continue de trouver des produits avec moult packaging et sur-emballages (blister pas mort 🙁 !). Et à quelques exceptions près, comme la marque de soins Maiiro, fabriquée à Guernesey, l’écologie ne semblait pas être un sujet chez les exposants de ce salon. Dommage !

En tous cas, ça m’a permis de me rendre compte à quel point certaines (mauvaises) habitudes restent tenaces. Interroger les marques, les interpeler via les réseaux sociaux reste plus que jamais une nécessité pour le consommateur, dans ce secteur où tout le monde cherche à se faire une place un peu trop rapidement.

Mais tout n’est pas si sombre : à IBE, j’ai croisé Julie Exertier de la marque éponyme et Alexis Robillard le créateur de All Tigers, deux dignes représentants de la cosmétique à la française. N’hésitez pas à les réécouter sur Beauty Toaster le podcast (#Exertier épisode 23 et #AllTigers Episode 48 of course !

IBE London, indie brand, Guernesey

De blogueuses à créatrices de marque

Bonjour Elsie, bonjour Dominika. Comment vous  êtes-vous rencontrées ?
Elsie Rutterford (à droite sur la photo). On s’est rencontrées alors qu’on travaillait ensemble. Ca fait un bail maintenant, peut-être 6 ou 7 ans. On travaillait dans la pub. On a été embauchées à peu près au même moment, pour des postes similaires et on passait beaucoup de temps ensemble. On est devenue de bonnes collègues, de bonnes amies et c’est comme ça que notre relation « business » a commencé.

Et vous aviez déjà une passion pour les cosmétiques ?

Dominika Minarovic (à gauche sur la photo). Je pense qu’on avait une passion pour les cosmétiques, mais plus en tant que consommatrices. on était des « junkies » de beauté, Et je ne sais pas pourquoi, mais j’ai toujours été très branchée spa, relaxation, massages, le côté plaisir de la beauté. Et Elsie a toujours été passionnée par la couleur, elle a toujours testé et utilisé la beauté comme moyen d’expression pour mettre en avant sa personnalité, donc je pense qu’on aimait la beauté chacune à sa façon, mais notre amour de la beauté nous a réunies.

Est-il vrai que tout a commencé dans une cuisine ? Vous étiez plus cuisine que beauté, au début, c’est vrai ?

Elsie. Oui, j’ai pas commencé par la cuisine à proprement parler mais l’idée c’était plus de cuisiner pour sa peau. Donc on regardait ce qui se faisait en cuisine. Et on a été influencées par tout ce mouvement autour de la nourriture, l’alimentation saine et le wellness. On trouvait ça super et on faisait des trucs comme des smoothies green, et on s’est demandé si on ne pouvait pas transposer ça dans la beauté. On a bien évidemment commencé dans la cuisine, on allait dans le réfrigérateur et on disait : « Tiens, on a des avocats, voyons si on peut avoir les mêmes bénéfices en l’appliquant en masque sur la peau qu’en le mangeant. »

Et en 2015, vous avez crée votre blog, Clean Beauty Insiders. De quoi parlait-il ?

Dominika. Je pense que ça correspond à la période où on a commencé à se détourner des marques cosmétiques traditionnelles pour aller vers des alternatives plus naturelles. Et parce qu’on a été assez déçues par ce qu’on trouvait en termes de beauté naturelle que ce soit en pharmacie ou dans les boutiques de beauté traditionnelles, on a décidé de faire nos propres produits.

Vous trouviez les produits naturels ringards ?

Dominika. Je pense qu’à cette époque, le naturel était plutôt un marché de niche et très marginal. Et on trouvait que les formules étaient très sommaires, elles n’avaient la pas la sophistication ou la science ou alors elles ne se présentaient pas de cette façon, mais c’est vrai qu’elles n’avaient rien de funky, elles n’étaient pas modernes. Et l’expérience, le résultat étaient décevants par rapport aux cosmétiques qu’on achetait avant. Et c’est parce qu’on ne trouvait pas ce que l’on cherchait qu’on a crée Bybi. Mais Clean Beauty Insiders c’était bien avant, ça racontait notre voyage de la cosmétique traditionnelle vers la cosmétique naturelle, on partageait nos recettes beauté, on a construit une communauté, on a commencé à parler de beauté naturelle, ce que personne n’avait jamais fait avant, en Grande-Bretagne.

Et ce fut un succès dès le départ ?

Dominika. On aime bien se dire que oui, plus que le succès, ce qu’on a fait c’est de nous constituer une communauté vraiment loyale et engagée. Et cela a contribué à développer le blog et nous a préparé à la création de notre marque, parce qu’on a senti qu’il y avait une vraie passion pour ce qu’on faisait et je pense qu’on avait vraiment trouvé une sujet intéressant et innovant, un ton juste pour parler d’un secteur cosmétique qui était là depuis longtemps, mais dont on n’avait jamais parlé de façon intéressante. Donc ça nous a motivées.

Je sais que vous avez suivi les cours de Formula Botanica (cours en lignes sur la formulation de produits bio et naturels), vous pensiez déjà à monter votre propre marque ?

Elsie. On aimait bien faire nos recettes, et on a pensé qu’il y avait un truc à faire dans ce secteur en plein développement, tous nos amis nous demandaient « Est-ce qu’on peut acheter ce baume que vous venez de fabriquer ? ». On s’est dit qu’on pouvait peut être se faire payer. Mais n’ayant aucune formation en cosmétiques, on a pensé que ce serait un peu compliqué. Alors on a cherché où on pouvait étudier tout en continuant à travailler. Et Formula Botanica dispense des cours online. Alors on a étudié La Formulation de Produits Naturels,  et ça nous bien aidées pour renforcer les connaissances que nous avions déjà acquises de façon empirique en fabriquant nos propres produits, ça nous a enrichies et ça nous a permis d’écrire un livre sur nos recettes (publié chez Penguin). Donc ce cours nous a vraiment amenées à l’étape suivante et nous a légitimées en tant qu’expertes.

Et comment avez-vous eu l’idée d’écrire ce livre ?

Dominika. On avait l’habitude de partager nos recettes et ce format écrit+visuel pouvait très bien être transposé sous forme de livre. Il y avait également, à cette époque, un mouvement autour du Clean Eating (ndlr. Stop à la mal bouffe) et plein de livres autour de ce sujet. Donc c’était très facile pour nous d’incarner l’équivalent beauté du Clean Eating. On était dans les super aliments, les aliments de votre réfrigérateur que vous pouvez transformer en  produits de beauté sur mesure. Donc c’était facile et plein d’éditeurs étaient intéressés. Ca a été une super expérience et on s’en souviendra toujours.

Bybi, vegan, clean beauty, England, Brexit

Bybe est né peu de temps après le livre, pourquoi était-ce si important de créer votre marque ?

Elsie. On s’est rendu compte qu’il y a avait un manque sur le marché. Et on était très enthousiastes à l’idée d’être celles qui combleraient ce manque. On est très ambitieuses. On savait qu’on voulait faire un truc à nous. Dominika l’a évoqué, mais on voulait créer une marque avec de l’éthique d’un point de vue formulation mais également avec de super ingrédients, pas des trucs plein d’eau, avec plein de filler synthétiques (ex. silicones) qui n’ont aucun intérêt pour la peau.  Donc la formulation était importante. Mais il fallait également que nos produits soient vegan, non testés sur les animaux (ndlr. Notez que les tests sur animaux sont interdits dans l’Union européenne depuis 2003) et s’inscrivent dans un processus de durabilité. Tout en voulant leur donner un look frais et moderne. C »était nos engagements et on a aussi pensé que, et on pense toujours qu’il n’y a pas encore grand monde sur ce segment de la beauté naturelle et que c’était important de créer cette marque et de permettre aux gens de la trouver dans les magasins de beauté et non dans les magasins bio traditionnels.

Avez-vous été inspirées par d’autres marques ? Non, apparemment non…

Dominika. Si, on l’a été bien sûr. A ce moment-là, il y avait des marques très intéressantes qui se lançaient, comme Glossier. Il y a tellement de marques qui nous inspirent. Nos valeurs qui sont le veganisme, l’absence de cruauté sur les animaux et la durabilité se retrouvent ailleurs que dans la beauté. Et on s’inspire de plein d’autres entrepreneurs dans différents domaines qui partagent notre éthique. Mais la beauté est un secteur particulièrement  dynamique en ce moment alors oui, on regarde ce que font les autres, que ce soit le packaging, le marketing, la distribution, Instagram, comment ils échangent avec leur communauté, comment ils la construisent. Il y a plein de marques, surtout les indie brands (ndlr. marques indépendantes), qui nous inspirent.

Anglaises, américaines, françaises ???

Dominika. Je citerais des marques comme Glossier, Drunk Elephant. En Grande-Bretagne, on a Isle of Paradise et il y en a plein d’autres.

Et dites-nous en plus sur Bybi. Qu’est-ce qu’elle a de différent ?

Elsie. On est 100% naturel. on est labiliés vegan par la Vegan Society et certifiés Curelty Free avec Leaping Bunny . Et l’un des point importants pour nous, c’est la durabilité. Ca devient de plus en plus important au fur et à mesure que la marque grandit. Les consommateurs sont de plus en plus préoccupés par l’impact écologique, on est nous-même très préoccupées par le sujet. La durabilité c’est une chaîne, donc on regarder chaque ingrédient qu’on utilise depuis sa mise en culture, son extraction jusqu’à son arrivé aux UK, comment ils est cultivé jusqu’à la commercialisation du produit fini. On fait de gros efforts sur le packaging. On utilise du verre dès que possible, vu qu’il est recyclable à l’infini, on imprime directement sur le flacon contrairement à d’autres, on utilise un bio-plastique issu de la canne à sucre, qui est à la fois biodégradable et recyclable, donc on est pas mal engagées sur cet aspect. Notre ambition est de devenir la plus grosse marque de beauté durable. Cela étant dit, on ne fait aucun compromis sur l’efficacité de nos produits. On utilise d’excellents ingrédients, ils sont vraiment efficaces, ils font une belle peau saine, ils donnent de l’éclat, mais on le fait dans le respect de l’environnement. C’est ça Bybi.

Bien que vous ayez commencé par le DIY, vous n’avez pas voulu faire de Bybi une marque de DIY ? Pourquoi ?

Dominika. Je pense que le DIY reste encore assez marginal. Et penser que dans nos vie modernes les gens ont le temps de fabriquer leurs propres produits est une idée formidable mais pas très réaliste. Bybi a été créé en partie pour réunir un certain nombre de valeur et provoquer un changement de comportement. On produit en masse, donc faire du DIY est compliqué. Mais on essaie de donner une touche de DIY avec certains produits comme dans la ligne de Boosters, des huiles pressées à froid, le type même de booster hyper efficace que vous pouvez ajouter à votre routine beauté. C’est un concept DIY assez naturel. Vous pouvez enrichir votre crème en mélangeant quelques gouttes d’un des boosters en fonction de l’état de votre peau. Et vous n’avez pas à acheter de nouveau soin. C’est ce côté sur-mesure que l’on aime dans la beauté DIY et non le produit que l’on reconstitue complètement tous les jours. On essaie encore de le faire en perso mais, c’est juste…

La vie moderne…

Elsie. C’est drôle quand même, de pouvoir aller dans sa cuisine. Mais maintenant que nous sommes des entrepreneures ou des créatrices, comme on dit, on n’a plus trop le temps.

Est-ce que certains ingrédients sont interdits chez Bybi ou seriez-vous prêtes à faire des compromis ?

Elsie. Pour l’instant nos formules sont à 100% naturelles, on n’utilise aucun ingrédient synthétique, on n’utilise pas non plus d’ingrédients d’origines animale. Sur le vegan et le cruelty-free, on ne fera pas de compromis. Il n’y a aucune raison d’utiliser des ingrédients d’origine animale aujourd’hui dans la beauté, surtout dans le skincare où on peut s’en passer facilement. Sur le tout naturel, il y a un an, on aurait eu une réponse différente, mais si un jour dans une lointain futur, il s’avère qu’un ingrédient synthétique est plus durable qu’un ingrédient naturel, c’est quelque chose qui doit être pris en compte. On doit être flexible étant donné que la durabilité est l’un de nos piliers. Et si cet ingrédient est bénéfique, en termes de résultats, pour la peau, on ne doit pas fermer la porte à ce genre d’option, mais pour l’instant, on reste 100% naturel.

Le vegan et le bio, c’est un gros truc en Grande-Bretagne en ce moment ?

Dominika. Oui, avec tout ce qu’on entend sur le changement climatique, les gens vont vers des marques plus éthiques, parce qu’ils pensent que c’est mieux pour la peau et pour l’environnement, ce qui est globalement vrai. Et plus particulièrement, avec la beauté vegan, les gens pensent que les produits dérivés d’animaux n’ont rien à faire de les cosmétiques, et encore moins les tests sur les animaux. pour les consommateurs, ces deux valeurs vont ensemble. On n’aime pas dire que c’est une mode car on espère que ce sera plutôt une lame de fond qui sera là pour durer, mais c’est effectivement une interrogation grandissante chez les consommateurs.

Est-ce que les consommateurs anglais sont aussi méfiants à l’égard des cosmétiques traditionnels que le sont les français ?

Elsie. Oui, je le pense. Je pense que cela a été instillé par le digital et le fait que l’information est si rapidement et facilement accessible aujourd’hui. Ce qui veut dire que pour des marques qui pendant des dizaines d’années n’avaient pas à partager la liste de leurs ingrédients ou à communiquer sur leur éthique, ces informations sont dorénavant disponibles pour les consommateurs, ce qui veut dire qu’il y a plus de demande de transparence et de meilleurs comportements. Plus que de la méfiance, je dirais que les gens veulent du mieux dans tous les domaines : alimentation, mode, beauté. Ils n’hésiteront pas à faire plus pour savoir si ce qu’ils achètent est mieux  et ce qui se passe, c’est que les grosses marques se font attraper quand leurs formules ne sont pas clean. C’est bien que le consommateur soit plus averti et informé, ça pousse les marques à être irréprochables, donc je pense que c’est un mouvement positif.

On trouve Bybi dans pas mal de pays maintenant, quelle est la prochaine étape ?

Dominika. Je pense qu’il y a encore plein de domaines à explorer en cosmétique, même si notre coeur de métier c’est le skincare.  Je crois qu’on peut nous trouver à peu près partout surtout grâce à notre partenaire Sephora. On est vendu en Europe, en Australie, en Asie du Sud-Est. Je pense que notre souhait serait que Bybi soit disponible pour plein de gens à travers le monde, mais il y a encore certaines parties du monde où nous ne sommes pas présentes, comme les US (Sephora US si tu nous entends), le Canada, le Moyen-Orient. Il y a encore tellement à faire. Et chez nous, on aimerait devenir une marque de référence car il n’y a pas de marque comme la nôtre, alors ce serait bien que les gens nous découvrent nous et notre passion, car je crois qu’on peut vraiment changer les choses en termes de durabilité en Angleterre. On a encore beaucoup à faire. On voudrait faire plus de démaquillants, d’hydratants, mais ça arrive, alors restez bien à l’écoute…

Pas de produits corps ou cheveux ?

Dominika. Pas pour l’instant. On a des produits visages qui conviennent pour le corps, même s’ils ne sont pas formulés pour le corps.

Je sais que vous avez aussi un podcast. Où trouvez-vous le temps pour le faire ? (ndlr. Clean Beauty Insiders)

Elsie. Oui, bonne question. On essaie, le truc c’est qu’on adore parler, au cas où vous ne vous en seriez pas aperçus, alors quand on s’y consacre on le fait avec plaisir. Le truc , c’est de se donner une plage horaire et de s’y tenir. Ce n’est pas aussi régulier qu’on le voudrait, seulement toutes les 2-3 semaines, ça dépend de nos plannings. On a 12 épisodes maintenant.

Et pour les gens qui ne connaissent pas, de quoi ça parle ?

Elsie. Ca parle de beauté, d’entrepreneuriat et de durabilité. On parle de ce qui nous passionne. On parle de challenges, de levée de fond, de comment on est entrées chez Sephora. On parle aussi de nos produits de beauté préférés comme Sunday Riley, ou de soins esthétiques. Voilà, si vous voulez entendre 2 entrepreneuses de la beauté parler de leur expérience.

Oui j’ai entendu, c’est très intéressant. Alors bienvenue dans la famille des podcasteurs !

 

 

 

La cosmétique sans concession

J’ai réalisé cette interview en juin dernier dans le somptueux cadre  des Salons Particuliers du Bon Marché, à Paris. On ne présente plus Tata Harper, Queen de la Green Beauty américaine. Ecoutons-la plutôt nous raconter la genèse de sa marque et sa quête d’une beauté plus respectueuse de la santé et de la nature, mais pas pour autant boring !

Beauty Toaster. Bonjour Tata, je suis ravie de vous interviewer ici à Paris.

Tata Harper. Bonjour, comment allez-vous ? Je suis ravie d’être invitée dans votre podcast.

1 Dites-moi, vous n’étiez pas pas dans la beauté au début. Mais j’ai lu que vous, votre mère et votre soeur, lorsque vous viviez en Colombie, vous organisiez des « Beauty parties », c’est vrai ?

Tata Harper. Oui, c’est tout à fait vrai. Je n’étais pas dans l’industrie de la beauté du tout. J’étais  ingénieur industriel de formation et j’avais une vie totalement différente. Mais est-ce parce que je suis latine ou que ma mère et ma grand-mère avaient cet amour inconditionnel pour la beauté ?, Vous savez elles adoraient célébrer la beauté. Pour elles, ce n’était pas une contrainte, quelque chose d’ennuyeux ou juste une perte de temps, c’était un rituel, un moment pour prendre soin de soi. C’était une façon de se mettre en mode week-end. Même au quotidien, il y avait toujours ces 10 mn, où on prenait du plaisir à s’appliquer toutes sortes de crèmes. Je suis tombée amoureuse du rituel et de la sensation qu’il induit en vous. Et j’ai été accro à la beauté très jeune.

2 Au départ, vous vouliez être dans la mode, mais vous êtes devenue ingénieur industriel, mais comment avez décidé de créer votre propre marque de beauté ?

J’ai toujours adoré la mode et encore aujourd’hui. Déjà au lycée, j’avais une marque de mode avec une amie et on créait plein de modèle. Je croyais que c’était mon destin et je voulais faire des études de stylisme, mais ma mère qui travaillait et était une entrepreneuse m’a dit :  » Oh non, non, non ! Je ne crois pas que le stylisme soit une bonne orientation pour toi. C’est trop limité et ce sera la seule chose que tu sauras faire. »

Et là, elle me dit:   » tu devrais faire des études d’ingénieur. » Et moi, j’ai répondu : « quoi ? Mais, qu’est-ce que c’est ? Ca semble tellement complexe ».

Mais vous l’avez quand même fait.

Oui, je l’ai fait et j’ai aimé ça. Au lycée, j’étais une élève assez moyenne, j’avais toujours des C, C+… Mais quand j’ai étudié l’ingénierie, je suis devenue une excellente élève. A ma grande surprise, j’ai adoré, parce que dans ce type d’études, on vous explique le processus de fabrication des choses, et on vous apprend à réfléchir, et c’est hyper intéressant. Et je ne pensais pas entreprendre dans la beauté, mais mon beau-père a développé un cancer il y a 15-16 ans maintenant. Il était soigné aux Etats-Unis et je vivais à Miami à cette époque. Je l’ai beaucoup accompagné à ses rendez-vous médicaux, pendant son parcours vers la guérison. C’est un survivant du cancer. Il faisait plein de tests, prenait des médicaments, subissait des opérations, je rencontrais des spécialistes et je me suis interrogée sur son mode de vie : ce qu’il faisait, comment il vivait, quels produits ils utilisait tous les jours… Un médecin m’a suggéré d’incorporer dans sa vie plus de produits naturels. Même si c’est un homme et qu’il n’utilise pas des tonnes de produits, rien que le shampoing, le savon, le déodorant… Et là, j’ai ouvert les yeux. Car je pensais que le mouvement bio et la beauté naturelle, concernait uniquement l’environnement. Je suis une défenseuse de l’environnement mais je ne pensais pas que mon déodorant ou ma crème hydratante avait un impact. Et là j’ai compris qu’on parlait de l’impact sur la santé, des produits que l’on utilise tous les jours, parfois plusieurs fois par jour. Et je me suis demandé comment on pouvait réduire leurs effets toxiques. J’ai commencé à changer d’alimentation, de produits nettoyants, tout et la dernière étape a été d’échanger ma super crème high tech suisse contre une crème naturelle. Et je ne trouvais pas d’équivalent.

Vous savez, la cosmétique naturelle était très minimaliste, très basique à l’époque. Les gens qui s’y intéressaient recherchaient du naturel, pas de l’efficacité. C’est vrai dans beaucoup d’industries, sauf que, dans le skincare, les gens achètent les produits parce qu’ils veulent du résultat. Or à l’époque, pour moi comme pour d’autres consommateurs, ces produits étaient décevants en termes de résultat et de texture. C’est ce qui m’a conduite à vouloir créer cette nouvelle génération de produits.

3 Vous avez conçu votre marque comme une marque bio, clean et glamour dès le début. En 2010, ça devait être un sacré challenge, non ? 

J’ai lancé la marque en 2010, mais j’ai commencé à travailler dessus dès 2005, donc il m’a fallu 5 ans pour créer Tata Harper. Ce qui est très différent par rapport à la cosmétique traditionnelle où vous arrivez avec un concept et ça ne prend que quelques mois pour lancer le projet. Je ne voulais pas forcément que ce soit glamour, je voulais parler à une consommatrice qui attend un vrai résultat, c’était plus ça en fait. Beaucoup de gens me disent : « oh vous êtes une marque tellement haut de gamme ». Ok, mais qu’est-ce que ça signifie vraiment ? Pour nous, l’idée était d’avoir des formules puissantes, très concentrées, constituées d’ingrédients du monde entier. Je voulais que ce soit le summum de la technologie naturelle d’aujourd’hui. Ce qui est très différent de l’offre de produits naturels de l’époque qui était très simple, minimaliste et s’adressait à un consommateur sans grandes attentes. En revanche, pour celles qui avaient des attentes cosmétiques, il n’y avait pas d’alternative et c’était dommage. Alors j’ai voulu créer cette marque pour bousculer le status quo. Je vais parler de ça, parce que ce n’est pas seulement une histoire de naturel. Par exemple, le clean est un nouveau concept, mais ça n’a rien à voir avec ce que nous faisons. Clean, c’est une réaction de l’industrie face aux critiques concernant certains ingrédients controversés comme les parabens, SLS, PEGS… Chaque marque a sa propre interprétation du « clean ». Mais, être clean, c’est juste un effort à faire, c’est un bel effort, mais ça n’a vraiment rien à voir avec ce que nous faisons. Ce que nous faisons est totalement naturel et bio. C’est ce que je voulais montrer aux consommatrices : le vrai pouvoir de la nature quand on fait bien les choses. Et je voulais également bousculer ce concept de l’ingrédient « silver bullet », ce super ingrédient qui fait tout pour vous.

Ca fait, 50, 60 ans que le marketing nous matraque avec cette idée que seuls les ingrédients synthétiques fonctionnent. Voici l’ingrédient miracle, vitamine A, B C, bref vous savez due quoi je parle. Et j’ai trouvé ça un peu réducteur. Pourquoi un seul ingrédient alors qu’il y en existe tant ? Je ferais le parallèle avec les compléments alimentaires : vous pourriez acheter votre vitamine C, vitamine D et vitamine B, en les achetant séparément. Mais pourquoi ne prendre un seul super complément multivitaminé à la place ?

En cosmétiques, c’est pareil. Si vous faites le calcul, un seul de nos produits coûte bien moins cher que si vous deviez acheter tous les produits nécessaires pour apporter à votre peau le même nombre d’actifs. Par exemple, nous avons un sérum qui contient 39 ingrédients actifs. En cosmétiques traditionnelles, vous devriez acheter, je sais pas moi, 12 produits pour obtenir un effet équivalent.

Ca a été difficile d’aller à l’encontre de la mentalité cosmétique traditionnelle. L’un de mes avantages, c’est que je n’étais pas issue du sérail. Quand vous faites appel à tous ces experts, qui connaissent leur métier et qui ont toujours procédé de la même façon jusqu’à maintenant, vous êtes incompris quand vous voulez faire les choses différemment, ils vous traitent de fou, dans le sens où vous ne voulez pas faire partie du système.

Quand vous créez votre marque, ces-gens-là vous présentent différents laboratoires pour formuler vos produits et ces labos, ont un catalogue de formules de bases qui ont déjà été achetées par différentes sociétés. Des bases auxquelles on ajoute un ou deux ingrédients. Par exemple, moi qui vient de Colombie, on va me dire : «  Tata, nous avons cet ingrédient incroyable d’Amazonie, on va le mettre dans tous tes produits, ce seront des produits sans parabens bien sûr.

Et moi : « quoi ? Un seul ingrédient ? Sans parabens ? Non, moi je veux une formule non synthétique à 100% ».

Eux : « Non, on n’a pas le temps de travailler là-dessus, c’est impossible. Vous n’aurez aucun résultat. »

Et là, vous concluez : « OK, je ne peux pas travailler ave le système ».

4 C’est pour cette raison que vous avez crée vos propres laboratoire et usine ?

Oui, car nous voulions travailler chaque formule en partant de zéro. Vous savez, je suis avant tout une consommatrice de produits de beauté, donc en tant que consommatrice, vous arrivez avec tellement de fantasmes autour des produits que vous achetez. Notamment que ces produits sont fabriqués par la marque elle-même, de A à Z.

Et j’ai réalisé que l’industrie traditionnelle est très sous-traitée. Vous avez des fabricants qui travaillent pour 80 marques différentes sous un même toit. Après, tout va dans une usine de conditionnement, qui remplit les flacons pour ces 80 marques, après les flacons partent chez le spécialiste de l’emballage, pour ensuite se retrouver à la vente chez les distributeurs.

Et moi, en tant qu’ingénieur, je me suis dit que j’allais me retrouver à faire du marketing et de la vente. Mais je ne veux pas monter une boîte de pub. Je veux une vraie entreprise de cosmétiques, qui fabrique entièrement ses produits. Une autre raison pour laquelle j’ai décidé de monter ma propre usine, en dehors du fait que j’adore créer des produits (c’est très intime), ce que j’aime c’est inventer des processus de fabrication. Parce qu’aujourd’hui, il n’y a pas que le fait de créer des supers produits, il y a aussi le fait de mettre en place un processus de fabrication qui réduit l’empreinte carbone. Que vous ne soyez pas obligé de produire vos quantités en fonction des minimums exigés par un intermédiaire. Mais que vous produisiez en fonction de vos besoins, des demandes de vos clients. Et qu’entre la sortie d’usine et la mise en vente, il se passe un minimum de temps.

L’idée c’est vraiment de repenser la façon dont on fabrique les produits de beauté dans leur globalité. J’aime fabriquer cette marque dans laquelle je peux mettre tellement de valeurs personnelles, de croyances, d’imagination etc. C’est une vision (ndlr. dans le sens « idéal »).

5 Votre marque est principalement orientée vers l’anti-âge. Donc vos produits sont très actifs et agissent sur pas mal d’aspects concernant le vieillissement. Mais cela veut aussi dire beaucoup d’ingrédients. Alors comment faites-vous avec les risques d’allergie, de sensibilité ?

Oui, bonne question. Mon approche a toujours été d’apporter les meilleurs ingrédients. Mais je n’avais pas pris en compte l’environnement dans lequel nous vivons aujourd’hui et le fait que les peaux réagissent à de plus en plus de choses. Et j’ai réalisé que j’avais également des centaines de milliers de consommateurs qui avaient des problèmes liés aux cosmétiques, mais également à l’alimentation, à la pollution. Donc j’ai voulu être plus « inclusive » par rapport à ces consommateurs, et c’est un scoop, l’année prochaine, je lance une ligne pour peaux sensibles. Il faut savoir que beaucoup de gens aujourd’hui sont allergiques au gluten, au soja, aux huiles essentielles et à tant de choses. Ca a été un challenge incroyable. J’adore les challenges, quand les choses sont trop faciles, je m’ennuie. Donc, c’est une nouvelle étape.

6 Et tous vos ingrédients viennent de votre ferme ?

Non, c’est un malentendu. Dans ma ferme, j’ai un jardin où on cultive 5 herbes (calendula, arnica, alfalfa…) et quelques cultures en phase d’expérimentation.Et ces végétaux poussent parfaitement bien sous notre climat. J’importe des ingrédients de 78 pays différents, car je choisis les meilleurs ingrédients là où ils sont le mieux produits. Je ne peux pas me contenter de notre propre production. Mais c’est dans la ferme que nous fabriquons tous nos produits. C’est pourquoi beaucoup de gens s’imaginent que tous les ingrédients viennent de ma ferme, mais pas du tout. Ce qu’on fait c’est qu’on importe des ingrédients et des matières premières du monde entier et au sein de la ferme, nous avons une usine où nous fabriquons, nous remplissons, nous emballons. Donc les produits viennent de notre ferme du Vermont.

7 Et tous les ingrédients sont-ils bien sourcés ?

Nous avons une charte très stricte concernant les matières premières car, évidemment on ne veut pas d’ingrédients testés sur les animaux ou contenant des produits d’origine animale ; pas de matières issues de semences OGM ; pas d’ingrédients dont les processus d’extraction sont dangereux pour l’environnement. Donc ce sont plein de contraintes en plus de n’utiliser aucun produit synthétique. On a un processus de validation en interne, mais on fait également valider nos produits par Ecocert qui nous poussent toujours à aller plus loin. Parfois, on pense qu’on fait bien, et Ecocert nous alerte sur certains points. Par exemple, on va travailler sur un projet contenant 80 ingrédients, le valider et quand il revient de chez Ecocert, il ne contient plus que 60 ingrédients validés. Et c’est là que commence la formulation.

Donc c’est un long process, dû au fait que nos produits sont formulés sans ingrédients synthétiques.

8 Comment vous en sortez-vous au niveau de l’empreinte carbone ?

Eh bien, nous tentons de la minimiser au maximum. On importe du monde entier donc cela ajoute à notre empreinte carbone. Mais, j’ai une production totalement verticale. e fais tout sous le même toit. Comme je disais, nous contrôlons toute la chaîne de production de A à Z. Le packaging est recyclable. On essaie d’utiliser le plus possible de verre, parce que le verre est recyclable à l’infini, si les clients recyclent. Les cartons sont fabriqués en fibres recyclables certifiées. Et on ne le fait pas pour des raisons marketing, on en parle rarement, mais on le fait parce que c’est la façon dont on devra produire dans le futur.

9 Oui, c’est une de vos valeurs. Et est-ce que, comme CREDO (ndlr. la chaîne de magasins beauté bio américains) dans sa vidéo « It’s time for better beauty », vous voudriez que les Etats-Unis fassent un grand pas législatif vers la cosmétique green et clean ?

Je revendique cela depuis que j’ai commencé. Je ne suis pas le genre de CEO à rester assise dans son bureau. J’aime me balader, aller à la rencontre de mes consommatrices dans les magasins ou lors d’évènements. Elles m’inspirent. J’adore animer des ateliers beauté. Je leur enseigne ce que j’ai appris, comment prendre soin de leur peau. Et l’une des choses que je leur enseigne c’est d’aller vers le bio. Le « clean » ce n’est que l’élimination de certains ingrédients controversés et je trouve que ce que l’industrie traditionnelle fait est bien, mais on est au-delà du clean. On doit vivre de façon plus écologique. Et en beauté, je sais que les gens ont eu des expériences décevantes avec certains produits, mais je vais vous montrer ce que cette nouvelle génération de produit naturels peut faire et vous verrez le résultat.

10 Que mettez-vous de votre héritage Colombien dans vos produits ?

J’utilise beaucoup d’ingrédients de le l’Amazonie. La Colombie compte 1/3 de l’Amazonie. Et puis, ce que j’apporte c’est une philosophie de la beauté : comment prendre soin de sa peau ; dans quel ordre appliquer les produits et comment transformer les moments de beauté. Car j’ai le sentiment que la beauté, c’est souvent : « Oh mon Dieu, me démaquiller, tant pis je vais au lit avec mon maquillage ». Mais ce n’est pas un moment ennuyeux, c’est un moment où on prend soin de soi. C’est une des choses que je prêche aussi : arrêtez de voir la beauté comme une perte de temps ou un problème.

En plus, je pense que les femmes, en particulier quand elles ont des enfants, donnent beaucoup. On pense toujours aux autres. On est des gouvernantes, des organisatrices, des chauffeurs, on fait tellement de choses que c’est juste d’avoir un moment pour s’occuper de soi. Finalement, c’est ça que j’apporte de mon héritage latin.

11 Quel est la prochaine étape pour Tata Harper ? Encore plus de produit ? Un système de remplissage ? Encore plus de durabilité ?

Je travaille actuellement sur plusieurs choses comme le remplissage effectivement, à la maison. Je travaille aussi sur la ligne pour peaux sensibles qui sera lancée avec quelques produits mais qui s’élargira par la suite. Et puis, on est vendu dans de plus en plus de pays. Notre clientèle est devenue globale. D’une certaine façon, le monde est devenu plat. On a été tellement concentré sur le marché américain, je pense qu’il est temps de faire découvrir nos produits dans différentes parties du monde.

12 Et pour ma dernière question. Au fait, pourquoi cette couleur vert pomme ?

Bonne question. D’abord, parce que le lieu de naissance des mes produits, c’est le Vermont, l’Etat aux montagnes vertes Je ne sais pas si vous êtes déjà allée dans le Vermont, mais en été, tout est magique, le vert est quasi fluo, quelques fois c’est presque difficile de regarder l’herbe tellement elle est verte et éblouissante et il y a des pissenlits partout. Donc c’est la première source d’inspiration. Mais le vert c’est aussi la couleur de l’amour universel (le rose est la couleur de l’amour inconditionnel), le vert c’est la couleur de l’amour pour tous et je pense que faire passer ce message est très important de nos jours. On vit à une époque où il n’y a pas beaucoup de tolérance pour les gens qui viennent d’ailleurs, qui ont différentes opinions, différentes religions, et je pense que l’on doit envoyer une énergie positive et de l’amour. Donc j’aime que ce vert représente ces valeurs en plus de la ferme et de la nature. Et ces produits représentent la quintessence du pouvoir global de la nature. Je trouve que cette couleur symbolise à la fois les valeurs et le concept de la marque.

 

J’ai arrêté l’anti-transpirant ?

J’avoue, j’ai longtemps été une adepte des anti-transpirants. Je faisais beaucoup de fitness et je n’avais ni envie de sentir la transpiration ni envie de sentir cette humidité sous les aisselles. Je n’ai jamais été sensible à certaines controverses et études, dont certaines étaient semble-t-il erronées ou pire, de mauvaise foi scientifique. C’est le moins qu’on puisse dire, d’ailleurs on peut se demander comment des chercheurs, qui sont censés avoir une certaine éthique, peuvent se compromettre et trahir leurs idées (recherche désintéressée, au service de l’autre blablabla…) en commettant, consciemment ou non, des erreurs ou en omettant certains principes élémentaires de la recherche et continuer à exercer, une fois leurs « erreurs » mises au jour. Le buzz même mauvais pèse décidément plus  lourd que la vérité…

Cependant, des études plus sérieuses continuent à être menées et à incriminer certaines substances comme les sels d’aluminium dans la multiplication des cas de cancers du sein. Ca peut faire réfléchir et même douter. D’ailleurs par mesure de précaution, certaines autorités (comme l’ANSM/Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des Produits de Santé) déconseillent d’utiliser les anti-transpirants sur des peaux lésées (rasées, épilées, écorchées…) dans lesquelles les sels d’aluminium pénètreraient en trop grande quantité. Pas de certitudes absolues sur les dangers réels, mais des doutes tellement persistants…

Bref, à mon petit niveau, depuis quelques mois, j’ai commencé à m’intéresser aux déos bio et là, je me suis rendu compte que ces formules étaient plutôt pas mal. Certes, elles ne retenaient pas l’humidité, mais elles m’évitaient tout de même les « mauvaises » odeurs. Et c’est plutôt ça qu’on attends d’un duo aujourd’hui, non ?

D’ailleurs, j’aimerais éclaircir un point : déodorant et anti-transpirant, ce n’est pas la même chose. Il ne faut pas se laisser abuser par les produits-déos classiques portant la mention « Sans sel d’aluminium » (j’en ai encore trouvé un hier, dans une marque dite « naturelle »….). Les sels d’aluminium stoppent la transpiration (en réduisant le diamètre des pores) d’où leur présence dans les anti-transpirants. Alors qu’un déo, lui, n’a pas pour mission de bloquer la transpi mais de camoufler les odeurs, donc il n’y a aucune raison qu’il contienne des sels d’alu. L’argument « sans SA » est juste un argument marketing à la noix et encore une fois trompeur. C’est comme les produits non testés sur les animaux. La commercialisation de produits testés sur les animaux est interdite en Europe depuis 2013, c’est une disposition légale donc obligatoire et  non une décision individuelle. Je ferme la parenthèse !

déodorant, bio, sels d'aluminium

Donc si vous avez envie de sentir bon sans vous demander si vous n’êtes pas en train de vous faire plus de mal que de bien, lisez bien les étiquettes, mais lisez-les vraiment. Soyez actrices/acteurs de votre bien-être, de votre santé et choisissez votre produit en connaissance de cause.

Mon préféré :  le déodorant Soin Régulateur Apivita (devenue Avaldiem). 97% d’ingrédients naturels dont du miel de lavande et de l’huile essentielle de sauge officinale. Là où il se différencie, c’est qu’il contient également des prébiotiques (sucres végétaux) qui en rééquilibrant la flore microbienne neutralisent  les mauvaises odeurs. Et je dois dire que la formule s’est montrée particulièrement efficace cet été.

Le plus buzzé : Respire. Vous en avez forcément entendu parler. Même si je ne suis pas fan du marketing de la peur qu’il y a autour, je l’ai quand même testé et il tient ses promesses. Des extraits végétaux pour parfumer et adoucir la peau dont un extrait de romarin connu pour ses vertus anti-bactériennes. Il est décliné en 2 parfums, citron-bergamote (celui que j’ai testé) et thé vert. Pas d’huiles essentielles a priori. Très bonne idée le petit format à glisser dans la valise cabine pour les prochaines vacances.

Le déodorant zen : Pouvoir Naturel d’Ho Karan. La formule est à l’huile de Cannabis Sativa. C’est le moment d’aller écouter Laure Bouguen sur Beauty Toaster pour comprendre l’utilisation de cannabis en cosmétique, pour ne plus confondre THC, CBD etc. en clair, ne plus se laisser polluer par les fantasmes « fumeux » qui entourent cette plante bien plus riche et surprenante qu’on ne le pense. Ce déo bille est à base d’huiles de chanvre (garantie sans THC) est composé à 99% d’extraits naturels. Pas encore essayé (j’ai que deux bras !), mais dès que j’ai terminé les deux autres, je teste celui-ci, évidemment.

Je pourrais également citer Le Déo Stick Les Savons de Joya, avec sa forme solide à base d’huiles essentielles, de cire et de bicarbonate… En fait, ce ne sont pas les alternatives qui manquent aux déos et anti-transpirants conventionnels. Alors choisissez, mais choisissez bien !

Vous aussi vous avez testé les déos bio, naturels ? Bonne ou mauvaise expérience, racontez-nous !

 

 

 

 

J’ai testé 3 huiles

Se démaquiller à l’huile, ça ne fait pas rêver dit comme ça. Pourtant, pourtant, à l’heure où tout le monde rêve de formules plus saines, plus pures, l’huile apparaît comme une bonne alternative aux démaquillants classiques.

Depuis quelques mois, j’ai switché pour le démaquillage à l’huile. Pour des raisons pratiques d’abord, parce que l’huile est le meilleur moyen d’éliminer make up, poussières et autres polluants oxydants. Surtout ces derniers qui mettent à mal les cellules. Je ne me maquille pas énormément, mais j’ai toujours mis un point d’honneur à me démaquiller correctement. C’est selon moi le premier geste anti-âge.

D’ailleurs, je me « bats » régulièrement avec ma fille pour qu’elle en fasse de même, mais ma parole ne porte PAS DU TOUT ! Normal, elle a 16 ans (l’anti-âge c’est loin pour elle, certes, mais l’inflammation, pas tant que ça…). Et puis, je suis sa mère et ma qualité de journaliste beauté ne fait pas de moi une experte à ses yeux. Faut pas rêver 🙂

Bref, L’huile est devenue mon nouveau démaquillant. C’est le meilleur moyen de me démaquiller correctement et de ne pas martyriser mon pauvre film hydrolipidique. Eh oui, c’est lui qui me dicte ma conduite, de plus en plus… Le manque de confort, l’impression de peau qui tire. A 20 ans, ce n’est pas gênant, à 50+ c’est le signe d’une peau qui va manque de quelques chose.
Je ne crains pas les rides, elles font partie de la vie. Je crains la peau inconfortable qui se marque par négligence. Manque d’hydratation et de nutrition, Joelle Ciocco en parlait sur Beauty Toaster il y a quelques mois. Mais revenons au sujet qui nous intéresse : le  démaquillage à l’huile.

Bon, j’entends d’ici les « Ouais, mais moi, j’aime pas la sensation », « ça démaquille pas super bien »… Il faut savoir ce que l’on veut. L’huile c’est l’éloge de la lenteur, du massage, du modelage… Si l’on veut un démaquillant rapide, on prend une eau micellaire (vous saurez tout le « bien » que j’en pense dans le post Faut-il encore se démaquiller à l’eau micellaire) ou un démaquillant moussant bourré de sulfates et basta. Perso, j’estime que le démaquillage ne peut pas être bâclé et qu’il faut choisir en connaissance. L’huile est la BFF (best friend Forverver 🙂 ) des peaux sèches et des peaux matures. Il faut que je me fasse une raison, j’appartiens désormais à la seconde catégorie…

huiles démaquillantes, soin, anti-âge

J’en ai testé trois récemment, l’huile démaquillante c’est la formule qui buzze en ce moment.

L’Huile Démaquillante On the Wilde Side :  super marque dont j’ai eu la chance d’interviewer sa créatrice, Anne-Sophie Nardy. Totalement naturelle et bio, cette huile a l’apparence d’un lait très fluide. A base majoritaire d’huile de prune (aux vertus anti-oxydantes), elle contient de l’eau de camomille, des bourgeons de hêtre et de la sève de bouleau, deux extraits végétaux aux qualités régénérantes et même détoxifiantes. Je l’applique sur peau non humidifiée, du coup, en la massant elle devient rapidement plus épaisse. Pour l’éliminer, j’utilise une petite serviette invité humide, pas forcément chaude. Après deux-trois passage, la peau est douce, sans aucun résidu gras. A shopper sur www.onthewildeside.com

L’Huile Démaquillante Filtre Sacré L’Odaïtes. Je vous avais déjà parlé de leur super gommage dans Ma Liste de Rentrée 2018. A base d’huile d’olive (non, elle ne sent pas du tout l’huile d’olive !!!), d’huile de dattier et de vitamine E, elle est plus épaisse que la précédente, mais la masser la réchauffe et la fluidifie. Pour la rincer, je l’émulsifie avec un peu d’eau, je masse et ensuite j’élimine avec ma fameuse serviette invité, mais chaude cette fois, pour une élimination optimale. Elle sera parfaite pour les peaux matures, les peaux déshydratées ou en hiver. A shopper sur www.lodaites.com

La Cleansing oil de Votary. Cette marque a été créée par deux anglaise. Cette huile démaquillante fabriquée au Portugal ne contient que des huiles extraites du tournesol, de l’abricot, des pépins de raisin, de géranium…Très fluide, avec un léger parfum hespéridé, elle s’élimine parfaitement avec la même méthode que précédemment. A retrouver au Bon Marché ou sur www.votary.co.uk

Et le démaquillage des yeux ? @the.mess.eye qui me suit sur IG, m’a posé la question du démaquillage des yeux à l’huile effectivement. Perso, pour moi, c’est non. J’utilise toujours un démaquillant pour les yeux (biphasé tout de même !) car les fards actuels et le mascara en particulier, sont hyper résistants. Donc effectivement, j’ai une étape en plus qui est le démaquillage minutieux des yeux. Mais au moins, je n’ai pas le désagrément de l’huile dans les yeux. Que voulez-vous, j’aime mon petit confort !

Et vous l’huile démaquillante ? Vous avez testé ? Approuvé ou détesté ? 

Pour info : la petite brosse japonaise, l’éponge konjac, le disque exfoliant et la serviette viennent du site www.chut-cosmetiques.com, le site consacré au démaquillage crée par Clémence Guillaussou et son ami Mathieu Pecqueur. J’ai partagé mon bureau avec Clémence pendant quelques mois du temps de Votre Beauté, c’est une fan de beauté et c’est vraiment une super nana ! Je vous encourage à aller visiter son site www.chut-cosmetiques.com

 

 

Parenthèse shiatsu

Ca faisait longtemps ! Aujourd’hui, je vous emmène à la découverte d’un lieu ! Je n’ai jamais le temps d’arrêter le temps, même si je sais qu’il faut que je le fasse, ces moments passent toujours à la trappe.  Prendre du temps pour moi, se résume souvent à faire du sport, rarement autre chose. Même parcourir une expo, je ne le fais plus. Et vous, c’est pareil ?

Bref, quand on m’a proposé de tester un soin chez Suisen, je me suis dit, why not ? Déjà rien qu’en découvrant façade, on sent qu’on ne va pas entrer dans un endroit lambda ! Cet espace ressemble à une maison japonaise traditionnelle, en bois brûlé. L’intérieur a été décoré dans la tradition d’un ryokan traditionnel. Du bois et de la paille, du sol au plafond en passant par les cloisons. On est au Japon, c’est évident.

japon, shiatsu, Paris

En rituel de bienvenue, on vous offre une tasse de thé vert japonais labellisé bio. Côté soin, les quatre protocoles sont inspirés du shiatsu. Il y a le traditionnel, sur tatami (posé au sol), le Jaku qui se fait avec de l’huile. Le Sei qui est le seul soin visage tonifiant pour la peau et le Kei qui est le soin corps raffermissant. C’est celui que j’ai fait.
Une heure de massage, précédé d’un étrillage doux super agréable. Un enchaînement de pétrissages et de lissages le long des méridiens… Je me suis endormie comme d’hab’, je lâche prise très vite. La masseuse est hyper attentive, on n’est pas là pour avoir mal, même si c’est un soin raffermissant. Quand on sort, on a l’impression que ça a duré 3 heures.
J’avoue que je suis sortie hyper relaxée. C’était si étrange de sortir et de réaliser que je n’étais pas à Tokyo (où je n’ai jamais mis les pieds d’ailleurs) mais à Paris. Il y a quelque chose de profondément authentique dans la Maison Suisen. Alors, au lieu de m’engouffrer dans le métro pour rentrer chez moi, j’ai continué à prendre du temps pour moi. Je me suis m’arrêtée dans la galerie juste en face et j’ai discuté art et musique avec la galeriste, à défaut de pouvoir acquérir l’un des super tirages photos accrochés aux murs.

Japon, shiatsu, massage, Paris

L’effet anti-stress a duré plusieurs jours. Même mon mal de dos chronique s’est carapaté pendant quelques jours, l’autre bonne nouvelle !
Et vous, avez-vous des adresses secrètes qui vous font « décoller » et vous transportent ? Un hammam ? Un spa ? Un institut ?

Maison Suisen 7 rue de Thorigny 75003 Paris. Infos sur le site Maisonsuisen

 

L’huile de palme, on en parle ?

Au milieu des années 90, le graal du secteur cosmétique, c’était les silicones. Je me souviens de ma collègue de bureau qui avait lâché un jour : « chez XX, ils ont dû acheter une mine de silicones, c’est pas possible, ils en mettent partout ! ».
Bon, le silicone à l’état brut n’existe pas bien sûr. Mais ce qu’elle disait en exagérant à mort était vrai. Les silicones étaient partout. Pas chers, ils permettaient d’avoir un rendu cosmétique velouté, non gras, brillant… Crèmes, shampooings, sérums, aucune texture « confortable » digne de ce nom sans silicones.
Sur les cheveux on s’est assez vite rendu compte que c’était une plaie avec les shampooings 2 et même 3-en-1 notamment. Remember ces produits qui rendaient les cheveux secs comme des coups de trique (c’est une expression de vieux pas vraiment appropriée, mais j’adore !).

Mais la vague du naturelle a eu raison d’eux. Et il aura fallu attendre une vingtaine d’années tout de même. Les silicones ne sont plus du tout en odeur de sainteté et font désormais partie de ces ingrédients décriés pour des tas de raisons justifiées. Dimethicones, dimethiconol,  et autres cyclopentasiloxane sont relargués en quantités démentes dans les eaux usées tous les jours sur toute la planète et se retrouvent dans les océans où leur présence affecte forcément l’éco-système.

Problème : par quoi les remplacer ? J’ai assisté à une conférence au salon In-Cosmetic qui se tenait à Paris il y a quelques semaines. C’est un grand salon qui rassemble cosmétologues, chimistes et autres fournisseurs d’ingrédients. Et j’avoue que j’en suis sortie absolument dépitée. Les silicones étant devenus persona non grata, l’industrie a trouvé comment les remplacer. Et vous savez quel est le nouveau Graal ? L’huile de palme ! Franchement j’en croyais pas mes p’tites oreilles. L’huile de palme quoi ! Celle qu’on traque dans tous nos produits alimentaires (je sais pas vous, mais moi, j’achète le moins de produits transformés possible car elle y est présente à des doses élevées) parce qu’elle est mauvaise pour la santé, n’en déplaise aux fans de cette « pâte à tartiner » !

palmiers, huile de palme

 

L’huile de palme qui détruit des hectares de forêt partout dans le monde (de l’Asie à l’Amérique du Sud), qui décime la faune, épuise les sols, appauvrit et chasse les populations autochtones. Le calcul est simple : quelques arbres produisent tellement et pour pas cher ! Et en plus, l’huile de palme, c’est NA-TU-REL ! Et n’est-ce pas ce que veulent les consommateurs ? Et voilà comment les industriels retournent et pervertissent un argument qui était à l’origine plutôt de bon sens. J’ai interviewé Gay Timmons, la fondatrice de Oh Oh Organic, une entreprise californienne spécialisée dans les matières premières bio, durables et non OGM, à destination de l’industrie cosmétique.

Elle m’a montré un schéma : 1 hectare de palmiers produit 37 tonnes d’huiles par an. Contre 4 tonnes pour un hectare de soja ou encore 5 pour l’huile tournesol. Vous voyez le problème ? Evidemment avec un tel rendement, celui qui détient la terre où poussent ces palmiers peut se faire un paquet d’argent. Alors comme dans beaucoup de pays, si vous avez le pouvoir, vous avez l’argent et vice versa, on exproprie et on expulse les petits propriétaires, on crée de grandes exploitations de palmiers hyper rentables qui sont dirigées par des familles puissantes ou par des compagnies étrangères tout aussi puissantes et voilà ! L’huile de palme est massivement utilisée dans les cosmétiques et depuis des années. La demande est forte. Les producteurs et les industriels ne s’embarrassent pas de considérations écologiques, sanitaires ou humanistes.

Alors certains (surtout dans l’agro-alimentaire, suivez mon regard…) ont voulu nous faire avaler qu’on pouvait produire de l’huile de palme éco-responsable, bio et je ne sais quel autre argument pourri encore. Dites-vous bien que les contrôles sur les modes de production sont quasi inexistants. En tous cas ceux qui importent cet ingrédient n’ont aucune garantie qu’il soit produit de façon éco-responsable, surtout lorsqu’ils passent par tout un tas d’intermédiaires qui se « rincent » au passage. Et pour l’huile de palme à visée cosmétique, même punition. Caroline Greyl, lorsqu’elle a arrêté d’utiliser l’huile de palme pour fabriquer l’Huile Leonor Greyl, l’a fait non seulement suite à une prise de conscience écologique,  mais également parce qu’elle avait découvert que son fournisseur n’avait rien de vertueux, contrairement à ce qu’elle croyait (réécoutez son interview épisode 44). Eh oui ! Comment être certaine quand vous vivez à des milliers de kilomètres du pays fournisseur, que ce qu’on vous dit est vrai ? L’huile de palme est massivement utilisée dans les cosmétiques et depuis des années. La demande est forte. Producteurs et industriels ne s’embarrassent pas de considérations écologiques, sanitaires ou humanistes.

palmiers, huile de palme

Gay Timmons a choisi une autre voie. Les palmiers, qui produisent cette huile, poussent sur toute la ceinture équatoriale. Gay a choisi une huile produite en Equateur. Déjà, c’est plus près de chez elle que l’Indonésie. Elle travaille, non pas avec une grosse firme, mais avec environ 200 petits propriétaires. Le regroupement Palm Done Right intègre culture bio, commerce équitable et surtout éducation auprès de ces petits producteurs. L’éducation est la clé, comme souvent. Il apprend aux paysans locaux à bien faire pousser les arbres, à les traiter sans pesticides, à alterner les cultures pour ne pas épuiser les sols, à replanter quand c’est nécessaire… L’idée étant d’en faire une ressource durable. Si vous êtes comme moi, plutôt sceptique, il existe un site sur la production d’huile de palme durable. Il s’appelle palmdoneright.com et Oh oh Organic en est partenaire.
Malheureusement, je doute que les gros industriels se tournent vers de petits producteurs pour se fournir dans cet ingrédient tant la demande est forte. Ce marché a aiguisé bien trop de gros appétits. BASF a ainsi présenté son déviré d’huile de palme soit disant vertueux parce que labellisée Cosmos, Natrue (je vous rappelle qu’on paie pour obtenir un label !) et forcément (ahaha !) compatible avec la norme Iso 16128 (celle-là même qui accepte les ingrédients synthétiques, cherchez l’erreur…). Tu parles d’un gage de qualité et de transparence ! Croyez-vous que cette entreprise, fournisseur mondial, se tournera vers de petits producteurs pour fabriquer son « super » ingrédient ?

L’huile est le deuxième ingrédient le plus utilisé dans l’industrie cosmétique (après l’eau j’imagine) et la production vertueuse ne fait pas encore partie de son cahier des charges. Le pas cher, le rentable, oui, et tant pis s’il faut déforester, exterminer, et à terme menacer notre survie. L’industrie cosmétique qui aurait gagné à se débarrasser de cette plaie va donc continuer à aggraver la situation de l’Indonésie et dans tous les pays où poussent ces palmiers. Mon conseil : regardez bien, encore une fois, la liste des ingrédients sur vos produits et si vous voyez coco caprylate, oleyl linoleate, caprylic capric tryglicéride, isopropyl palmitate… C’est de l’huile de palme ! Vous savez ce qu’il vous reste à faire.

Pour info : les photos de palmiers que j’ai choisies pour illustrer ce post n’ont rien à voir avec la production d’huile de palme. Ceux-là poussent heureux au milieu d’autres espèces et essence préservées, dans le magnifique Jardin de Balata en Martinique. L’un de mes endroits préférés sur terre. Si vous avez la chance d’y aller un jour, faites-leur coucou de ma part 😉

 

Le retour en grâce de l’huile

Les PEGS, les silicones, les conservateurs (bon, ça dépend lesquels, quand même…) et tout le reste, on a décrété qu’on n’en voulait plus. Bon alors on fait quoi ? On arrête tout ? On sort dans la rue sans crème, sans protection aucune et on s’en remet à la chance ? Dans un environnement sain, sans pollution, sous un climat tempéré ou sous une cloche de verre tiens, en mode aquaponie, ce serait peut-être jouable. Mais on le trouve où l’environnement sain quand on vit en ville ? Partir se mettre au vert ? Même en rase campagne les abeilles sont plus vulnérables que sur les toits de Paris. Quelque chose ne tourne pas rond, effectivement… Au quotidien, 365 jours par an, on doit sortir, travailler, emmener les enfants à l’école, se nourrir, voyager dans les transports en commun, faire du sport, avoir une vie sociale quoi !

Et si la solution était la simplification cosmétique ? Aller vers des formulations minimalistes, comme le conseillait Pascale Brousse (épisode #50 Le monde change, la beauté aussi ). Accepter de ne plus avoir de soins « confortables », préférer des produits sans parfums synthétiques, sans promesses de « floutage » de rides (ahahah !) ou de teint éclatant. En cosméto, comme en écologie (les deux sont liés d’ailleurs), il faut raisonner avec logique : on ne peut pas vouloir un air plus sain et continuer à rouler en 4X4 pour aller chercher sa baguette. pareil en cosmétiques. On ne peut pas réclamer des formules « sans » et chercher à « réduire » la profondeur de ses rides à grandes rasades de crèmes « miracles ». Si on veut des formules plus saines, il va falloir faire des CON-CE-SSIONS. Et cela passe d’abord par ne plus vouloir le mouton à le mouton à cinq pattes : la crème qui vous fait gagner 10 ans (enfin dans la pub en tous cas…), mais qui contient zéro chimie ! Ca n’existe pas.

Et si la solution était de s’en remettre à des soins hyper basiques. Je pense à ma mère qui a 80 ans. Elle n’a jamais été une grande fan de maquillage. A part de la poudre et un rouge à lèvres rouge, je ne l’ai jamais vue mettre de mascara et encore moins de fond de teint. Sa routine quotidienne, c’était une crème hydratante, un lait démaquillant et une lotion qui venaient tous les trois du supermarché.  Certes, sa peau a perdu en graisse et en fermeté avec le temps, mais elle est finalement très, très peu marquée. Vous me direz, c’est génétique. Bah non, parce que la génétique n’intervient qu’à hauteur de 10% dans le processus de vieillissement, tous les scientifiques le disent. A 90% le vieillissement est dû à l’alimentation, l’environnement, le stress et les (mauvaises) habitudes (trop de soleil, trop de cigarettes, pas assez de sommeil, trop d’actifs etc.).

J’ai pris du patrimoine génétique de ma mère et de mon père aussi (qui lui non plus ne fait pas son âge), mais j’ai quand même un mode de vie citadin que je compense tant bien que mal en faisant du sport, en mangeant le mieux possible (des légumes  tous les jours et pas forcément bio…). Je mange de la viande (mais de moins en moins…), du gluten, du sucre, bref, les graines germées et moi… Je suis d’un naturel assez stressé même si j’essaie de me soigner, ahahah ! En cosmétiques, j’ai toujours été très accro à l’innovation, sans jamais trop regarder les listes INCI, mais ça c’était avant… L’expérience et l’information ont fait leur chemin (à 50 ans passés, il était temps !) et j’ai petit à petit glissé vers des produits que je n’aurais même pas imaginer faire entrer dans ma salle de bain il y a à peine 5 ans en arrière.

Et pourtant, vu mon âge, vous me direz que c’est peut-être pas le moment de lâcher la pression #ménopause, #hormones. Bah, je pense justement que c’est le bon moment pour le faire. Une crème ne vous empêchera jamais d’avoir des rides, au mieux elle vous les floutera (et encore le résultat reste très subjectif) mais à grandes rasades de silicones. Rien de plus à espérer car comme me l’avait dit Odile Vilain il y a quelques années : quand la fibre est cassée, on ne peut pas réparer. Et puis qu’est-ce qui est le plus important pour vous ? Planquer quelques rides ou avoir une peau bien nourrie, bien hydratée, confortable, qui respire la santé. Perso, je vote pour la seconde option !

Basique. Pour une peau radieuse au saut du lit, en fait on n’a jamais rien fait de mieux qu’une bonne nuit de sommeil. Pourvu qu’on facilite le travail de l’organisme. Manger trop et boire de l’alcool dans la soirée, c’est à coup sûr un drainage au ralenti et des yeux bouffis le lendemain. Donc même la crème la plus chère du monde aura beaucoup de mal à vous faire perdre 10 ans ! Boire aussi suffisamment d’eau comme le conseillent Cécile Cotten ou encore Marielle Alix. Elles en parlent très bien dans les épisodes que je leur ai consacrés (#21 et #37).

Simple. Depuis plusieurs mois, à la place de la crème de nuit, je suis devenue une grande fan de l’huile, qui reste encore le meilleur moyen de garder une peau hyper confortable, surtout l’hiver. J’avais commencé il y a 2 ans à utiliser la sublime huile de Vintner’s Daughter dont je vous parlais dans un post de 2017. Mais une huile peut tout à fait remplacer une crème de jour. L’avantage de l’huile c’est c’est la formule idéale pour masser le visage, ce qu’on ne fait jamais quasiment. A tort, puisque le massage stimule les fonctions vitales de la peau (oxygénation des cellules, synthèse de collagène et d’élastine en autres).

Vintner's Daughter, huile végétale visage

Alors laquelle choisir ? C’est sûr l’huile d’olive pure, c’est pas franchement ragoutant. Dernièrement pour Beauty Toaster le podcast, j’ai eu l’occasion de rencontrer plusieurs créatrices d’Indie brands (marques indépendantes) pour qui l’huile est le nouveau sérum, voire le seul soin digne d’intérêt. Parce que finalement de quoi a-t-on vraiment besoin ? De protéger sa peau et son film hydro lipidique, tout simplement. Joëlle Ciocco que j’ai rencontrée pour Beauty Toaster (attention spoiler alert !) m’a confirmé, sans le savoir, que j’étais sur la bonne voie. J’étais trop contente ! Pas de peau bien hydratée et protégée sans un film hydro lipidique de qualité. Donc avant de vouloir apporter acide hyaluronique et tout un tas de trucs hydratants, la priorité pour garder une jolie peau, c’est de lui permettre de maintenir son équilibre, qui passe notamment par l’apport de matières grasses. Je rassure celles qui ont la peau grasse, il existe des huiles compatibles.  Un avantage de taille pour l’huile tout de même : elle ne nécessite pas de conservateurs puisqu’il n’y a pas d’eau. Elle est généralement pure ou mélangée à d’autres huiles végétales et sans apport chimie (#listeINCI). et en plus, elle permet de bien masser la peau ce qui par la même occasion la fait pénétrer et évite l sensation de gras.

En attendant l’interview de Joëlle Ciocco, petit débrief sur les huiles qui buzzent en ce moment.

Les Huilettes. Pour celles qui ne craignent pas les huiles essentielles, Les Huilettes sont formulées pour les peaux des plus de 40 ans. Je vous en avais parlé dans le post Ma Liste de rentrée 2018. La bonne nouvelle, c’est que la marque se développe encore avec des formules solides comme dernièrement Mon Huilette Rescue que j’adore.

 

Océopin, huile, crème

L’Huile de Pin Maritime Océopin. La texture de cette huile est juste incroyable. Son toucher sec est dingue, on croirait une huile siliconée alors qu’elle est en fait naturellement sèche. Si vous n’aimez pas la sensation de gras, c’est typiquement celle qu’il vous faut. Plus de 70% d’acides gras essentiels, dont de l’acide linoléique et des acides gras insaturés (les très rares Delta 5) et des polyphénols, elle est la meilleure amie des peaux matures et/ou sensibles. Je l’utilise en soin de nuit et en synergie avec ma crème de jour. A retrouver en pharma, para, concept-stores bio et sur www.oceopin.com

Les huiles d’Amalthea. Pour les peaux grasses à mixtes, Maryll Beaux qui a crée la marque conseille, l’huile de Rosier Muscat qui est non comédogène et l’huile d’Hibiscus pour les peaux normales. Bon à savoir : elle a mis en place un système de remplissage, qui permet de ne pas jeter son contenant et d’économiser en le faisant simplement recharger en boutique. A retrouver sur le site Amalthea.bio

Les huiles d’Oden. Une production 100% française et bien sourcée puisque toutes les huiles sont issues de fruits, de légumes, de noix, et même de pépins cultivés en France. Pour les peaux mixtes à grasse, l’huile de noisette et l’huile de mirabelle sont idéales . A retrouver sur Oden.fr

J’avoue je n’ai pas encore tout testé, car l’avantage indéniable de l’huile, c’est qu’on en met très peu, du coup avec un flacon, on peut faire au moins minimum 4 mois…

Prochaine étape pour moi, passer intégralement à l’huile en soin de jour. Et vous ? L’huile, vous aimez ou pas ? Et si oui, laquelle avez-vous ou testez-vous en ce moment ? A vos claviers !

 

 

 

La pause de l’hiver

J’ai souvent entendu dire que ce que l’on faisait en janvier est le reflet de ce que sera le reste de l’année. Il faut croire que cette année sera celle où je m’autoriserai à appuyer sur le bouton stop un peu plus souvent. D’ailleurs, cela faisait des mois que j’avais promis à Cécile de passer faire un soin chez elle et puis… Et puis, au début du mois, lorsque j’ai reçu son gentil SMS de bonne année, j’ai pensé que c’était maintenant.

Son Atelier ne ressemble à rien que je connaisse. Tout en pierres apparentes, c’est une jolie cave voutée à laquelle on accède par un escalier étroit et très raide (#euphémisme). Aller faire un soin chez Cécile se mérite 😉 . Lorsque je m’y rends il y a quelques jours, il fait déjà froid, je sors à peine d’une période pas top, faite de doutes  et d’incertitudes qui m’ont littéralement plombée. En apparence, j’ai réussi à surmonter, mais dans les faits, mes cervicales sont en vrac et j’ai une douleur lancinante dans les lombaires. En clair, j’en ai plein le dos.

Aller chez le médecin ? Il va me prescrire des décontractants, des antidouleurs, le genre de trucs que je ne prends que lorsque la douleur devient vraiment insupportable (genre à s’en réveiller la nuit), ce qui n’est pas le cas en ce moment. Je peux me déplacer, aller faire du Body Balance, du yoga ou du Pilates, je marche (j’ai pas encore repris la course), je ne suis pas gênée dans mes déplacements, donc ça va quoi ! Pas de quoi flinguer mon estomac et mes reins avec de la chimie.

Cécile me demande de quoi j’ai envie. Je lui dis d’emblée que mon dos est mal en point. Je rêve depuis des semaines d’un bon massage pour le soulager. Après un thé, Cécile me propose de m’installer sous l’Honotori, le fameux dôme à infrarouge japonais (souvenez-vous, je vous en avais parlé dans la Speed List #4 du Vital Dome, eh bien c’est le même). L’effet relaxant de la chaleur est instantané. Typiquement le truc qu’il me faut en hiver et en ce moment en particulier.

Pendant ce temps, Cécile s’occupe de mon visage. Elle n’utilise que des hydrolats, des huiles essentielles et des huiles végétales. Tout est 100% bio et comme elle le dit :  » tout ce que j’utilise peut se manger ! » C’est difficile de décrire le soin de Cécile car il est atypique. Il est ultra-personnalisé évidemment, toujours adapté à la personne qui passe sous ses mains. Elle sent à l’instant T ce qu’elle « doit » faire, elle se laisse guider par son instinct. Elle n’a pas de protocole fixe. Elle utilise plusieurs techniques à la fois, somme d’un savoir qu’elle engrange depuis des années comme elle l’expliquait dans le podcast  que je lui avais consacré en juin dernier (Cécile Cotten, à l’écoute du corps). Mais son pétrissage-modelage est fondamentalement japonisant. Un mélange de douceur et de fermeté. On en ressort avec une peau lumineuse, qui a absorbé tout ce qui a été vaporisé et massé. Même les cernes sont moins marqués.

Cecile Cotten Soin visage soin corps japonais

Quand elle passe au dos, ma zone critique du moment, Cécile reste dans la même philosophie, le même respect de la physiologie du corps. Une gestuelle fluide, comme le shiatsu, qui ne passe jamais en force. Elle ne va pas faire céder les noeuds en les pressant comme des citrons, comme c’est le cas par exemple avec certaines techniques de massages qui peuvent être extrêmement inconfortables sur les zones enflammées. Ca peut être traumatisant cette façon de traiter le mal par le mal et on y repense à deux fois avant d’y retourner. Là, Cécile décontracte les muscles, soulage les tensions et passe dans les tissus « comme dans de l’eau », comme elle dit, de façon fluide, sans forcer.

Au bout de quelques minutes, Cécile me pose l’Ama Ring sur le dos. J’attendais avec impatience de tester un jour ce petit appareil dont Cécile m’avait parlé lors de notre 1ère rencontre. C’est un dispositif léger et circulaire avec un trou au milieu. Il n’émet aucune chaleur, juste un crépitement, signe de la présence de champs magnétiques. Cet Ama Ring est censé régénérer les cellules du corps tout entier. Comment ça marche et est-ce que ça marche ? Je n’ai pas la réponse et je n’ai fait qu’une séance. Mais bon, je prends, au point où j’en suis… Je suis sortie de chez Cécile sans n’avoir plus mal nulle part et plutôt en forme. Et même si ma douleur dans le bas du dos est revenue quelques jours plus tard, elle a faibli, c’est une évidence.

Depuis quelques années que mon blog existe, vous savez que je suis plutôt fan de soins atypiques. Cécile a une main extraordinaire et une technique bien à elle, elle est sûre de son geste.
Un truc que je ne vous ai pas dit : quand je suis arrivée, à l’heure du rendez-vous, Cécile terminait une séance avec une jeune maman à qui elle apprenait à masser son bébé de quelques mois. J’ai trouvé ça touchant et super positif. Cécile m’a confié qu’elle avait un super projet pour 2019 et je pense que je vous en ferai part quand il sera prêt. A suivre…

L’Atelier Cécile Cotten 8 Rue du Pont aux Choux, 75003 Paris. Tél : +33 6 80 08 86 77 cecile@fysio.fr

Pour plus de détails sur ses soins, n’hésitez pas à aller sur son site cecile-cotten.com