Dove: very bad buzz !

IMG_4343La polémique Dove… vous en avez entendu parler ? Les RS se sont déchainés et pour cause ! Racisme, maladresse ? Hum, dans les deux cas, ça pue !

J’opterais plutôt pour la maladresse. Mais le problème c’est que ce genre de message  pris au premier degré s’incruste dans les cerveaux et envenime une situation déjà bien tendue. Comment une marque peut-elle agir avec autant de légèreté ? J’ai lu que ce qui a produit ce bad buzz était en fait un montage tronqué qui avait dévoyé le « message » initial. En voyant le film dans son entier, on s’en rend compte. Certes, mais justement, vu les tensions et vu la puissance des réseaux sociaux, on évite de tomber dans facilité et de donner le flanc en jouant (volontairement ou pas) avec les clichés les plus stupides. Décidément, ceux qui bossent dans certains services marketing sont complètement coupés des réalités. C’est grave !

Ça met aussi en lumière un truc évident : s’il y avait plus de mixité dans ces boîtes et notamment dans ces services, ce genre de dérive serait moins fréquent. J’imagine mal une équipe accueillant des personnes noires, blanches, jaunes, cautionner ce genre de film ! Trop casse-gueule !

Je vais vous raconter une anecdote perso, qui n’a rien à voir mais qui me permet de m’exprimer sur un sujet dont je n’ai jamais eu l’occasion de parler. Je suis la seule journaliste de presse écrite beauté noire en France. J’en parlais récemment avec Beautylicieuse qui faisait ce constat et se demandait bien pourquoi cette situation. C’est vrai, en plus de 20 ans j’ai jamais vu une collègue de la beauté de la même couleur que moi dans un magazine féminin print ! En revanche, j’en ai entendu des remarques de racisme ordinaire.

Pourquoi on ne fait jamais de sujets sur les peaux noires ? « Euh, parce qu' »elles » ne nous lisent pas », répondaient ces rédactrices sans broncher ! « Elles », sous-entendu, les femmes noires. Etrange. D’où ces rédactrices sortaient-elles de telles affirmations puisque les statistiques raciales sont interdites en France ? Pourtant, moi je me souviens avoir toujours lu des magazines féminins, avoir flashé sur les maquillages et les soins cheveux, même si les sujets ne s’adressaient jamais à l’ado, puis à la jeune femme que j’étais. Pourtant, vous pouvez me croire, les femmes noires sont de grandes consommatrices de cosmétiques de toutes sortes et ça commence très tôt !

Plus tard, j’ai bien essayé, de temps en temps, de proposer des sujets ne s’adressant pas uniquement à des lectrices à la peau blanche et aux cheveux raides. On me rétorquait : « c’est trop clivant » ! CLIVANT. Je hais tellement ce mot ! 4 pages sur plus de 1200 par an, un sujet sur des centaines. C’était clivant, sérieux ? Ça représentait quoi ? J’aurais dû plus me battre…

Un jour, j’avais suggéré qu’on choisisse une asiatique pour incarner une série beauté.  bah ouais, où était le « problème » ? Et là aussi, on m’a opposé un NON poli, mais ferme. De ceux qui vous font vraiment désespérer de la société. Pourtant un peu d’ouverture n’aurait pas nui à ce magazine qui in fine n’existe même plus ! C’est tellement hard de faire bouger les lignes, même de l’intérieur.

Il y a deux ans je crois, Stylist a fait tout un numéro avec une fille noire. En couv’, mode, beauté, elle était dans tout le N°. Sans justification vaseuse. Un contre-pied assumé ! C’était bien la première fois qu’on voyait ça en France. J’avais applaudi. Mais bon, ça reste un one shot… 🙁

En attendant, Dove, toi qui nous matraques avec tes super messages sur les femmes de toutes les formes, de toutes les couleurs, blablabla, tu t’es sacrément pris les pieds dans le tapis-là !

2 réflexions sur “Dove: very bad buzz !

  1. Je te soutiens pleinement.
    En tant que lectrice « blanche » je n’étais pas consciente de tout ça.
    Je suis un peu scandalisée qu’en France on recrute les journalistes en fonction de leur couleur de peau.
    Ça a dû être très dur pour toi…
    J’espère que très tu ne sera plus la seule journaliste beauté de couleur, (je suis triste d’écrire ça ).

    1. Bonjour Danielle et merci pour ton message. Tu sais, cette situation vaut pour plein d’autres, ce n’est pas propre aux noires. Ça vaut aussi pour les asiatiques par exemple. Je ne connais qu’une rédactrice beauté asiatique et les journalistes beauté d’origine maghrébine ne sont pas légion non plus. Je ne suis pas certaine qu’on recrute les journalistes en fonction de leur couleur, quoique… Quand on voit comment l’arrivée d’Harry Roselmack avait été considérée comme un évènement à l’époque… Après, j’ai également eu la chance de croiser une personne qui m’a donné ma chance dès le départ et m’a fait confiance. Une de ces rares fois où on se sent au bon endroit au bon moment. Elle a dépassé cette barrière de la couleur et moi, j’ai tout donné pour montrer que j’étais capable. Malheureusement, Danielle, l’avenir de la presse étant plus qu’incertain, je doute que des journalistes de toutes origines arrivent à percer. Les postes se font super rares. Et les filles l’ont bien compris. Elles se sont emparé du web, ont des blogs, des chaînes Youtubes… Voilà. Ce qu’elles n’ont pas trouvé dans les magazines elles l’ont crée. Si j’avais 20 ans aujourd’hui, c’est exactement ce que j’aurais fait. Alors merci Internet 😉

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